Dialyse et citrate : le point sur la polémique

La polémique concernant l’utilisation de dialysat à l’acide citrique en hémodialyse ne vous a sans doute pas échappé si vous faites partie des 15.000 patients concernés par ce type de traitement. Comme souvent, des chiffres approximatifs et des conclusions sommaires ont émaillé le débat, provoquant l’inquiétude de milliers de patients. Inutilement. Nous vous proposons ici une lecture explicative de cette polémique, sans a priori et avec le recul nécessaire à une compréhension globale des choses.

En octobre 2018, le Docteur Lucie Mercadal a présenté une étude sur le bénéfice potentiel de l’utilisation d’un dialysat sans acide acétique sur la survie, lors du congrès annuel de la Société francophone de néphrologie dialyse et de transplantation (SFNDT). Elle y suggérait un lien entre l’utilisation du dialysat au citrate et une surmortalité, étayée par les données du registre REIN* de 2010 à 2014. Un article du Monde, a ensuite relayé l’étude au mois de décembre 2018, évoquant un risque de décès augmenté de 40% pour les patients dialysés avec du citrate. De quoi inquiéter les patients et les praticiens concernés. Cette publication a suscité de vifs débats ; des personnes qui n’étaient pas des professionnels de santé sont même allés jusqu’à proposer de manière  unilatérale de remplacer le citrate par l’acétate sans la moindre recommandation médicale officielle. Certains ont même évoqué le retrait du produit au nom du principe de précaution. L’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments a été alertée et une réunion, à laquelle participait France Rein, a permis de faire le point sur les résultats de cette étude réalisée dans le cadre de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale). L’ensemble des participants, dont l’Agence de la biomédecine, ont conclu que les résultats préliminaires du travail de Lucie Mercadal représentaient un signal à ne pas ignorer, mais qu’il était essentiel de poursuivre les investigations avant de conclure que l’utilisation de dialysat au citrate en hémodialyse chronique pouvait entraîner des effets indésirables comme des crampes ou, plus grave, un risque de surmortalité suspecte. L’ANSM n’a d’ailleurs pas demandé le retrait du produit, ce qui renforce l’importance de prendre du recul par rapport à ce genre d’annonce décorrélée de son contexte et de ne pas tirer de conclusions hâtives à partir de données sélectives. Les chiffres de cette étude portent en effet sur des patients fragiles et en urgence, ce qui a une incidence évidente sur les résultats, qui peuvent notamment être davantage liés à des phénomènes de comorbidité ou à des biais de prescription qu’aux bains de dialyse proprement dits.

* Le registre REIN (Réseau Épidémiologique et Information en Néphrologie) est publié par l’Agence de la biomédecine.

Pour en savoir plus lire l’intégralité de l’article dans notre magazine Lignes de Vie n°157 de février 2019
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