Même bien faite, l’annonce d’une maladie chronique est vécue par le patient comme un traumatisme. Alors lorsqu’elle est faite avec brutalité et/ou maladresse, les conséquences psychologiques peuvent être catastrophiques et jouer sur l’observance du traitement. D’où l’utilité de former les internes à cette consultation d’annonce, comme cela se fait depuis 2 ans à l’Hôpital du Kremlin Bicêtre.

Sans doute vous rappelez-vous avec précision du moment où l’on vous a annoncé que vous alliez entrer en dialyse. Cette impression que le monde, votre monde, s’écroule, cette sidération, l’incompréhension et le sentiment d’injustice qui s’ensuivent. A ce moment précis, le patient a besoin d’être aidé, accompagné. Mais pour bien faire, encore faut-il que le médecin ait la capacité d’écoute, l’empathie et le tact pour soulager et faire passer son message. Ces qualités n’étant malheureusement pas innées, il semble prudent de former les jeunes internes à ce type d’annonce.

« C’est vrai en particulier pour les patients qui arrivent en urgence, avec un niveau de créatinine catastrophique. On sait qu’il va falloir commencer rapidement un traitement et il faut le plus grand tact pour le faire comprendre et accepter au patient. En règle générale, plus on anticipe et plus on prépare les choses et plus cela va se passer doucement », explique le Pr Hélène François (cf. photo), néphrologue et responsable du programme de simulation de la consultation d’annonce, mis en place à l’Hôpital Bicêtre.

Le patient qui ne veut pas se faire soigner est en effet la bête noire du néphrologue, car l’issue de ce refus de soin peut être fatale. « Souvent, c’est une question de rapport de confiance, qui n’est pas présent parce qu’il n’a simplement pas eu le temps de s’établir. Pour certains patients, heureusement assez rares, ils sont dans un tel traumatisme qu’on n’arrive pas, avec la meilleure volonté du monde, à leur faire accepter leur maladie. Ce déni complet est rare et en règle générale, à force de voir le patient, on finit par lui faire accepter le traitement », observe le Pr Hélène François. Elle se souvient encore de ses débuts comme jeune néphrologue et de cette femme, qui voulait lui faire un procès et était à la limite de s’en prendre à elle physiquement. « Mon intuition m’a dit de la prendre à part avec la cadre de santé. J’ai mis ma main sur la sienne et ça a tout libéré. Je sais maintenant que lorsque les patients sont très agressifs, c’est qu’ils ont souvent très peur et qu’il faut essayer de comprendre ce qui les effraye. Se mettre au calme, prendre le temps de les écouter. Ce sont des choses que nous expliquons aujourd’hui aux internes, mais moi, j’ai dû l’apprendre sur le tas ».

La consultation, la vraie

Menée par le néphrologue, la consultation d’annonce en néphrologie est faite parfois en présence des internes qui peuvent ainsi prendre exemple sur leur pair. Ca n’est d’ailleurs qu’ainsi que se faisait il y a encore 10 ans la formation des jeunes médecins. « Mais supposons qu’ils voient faire des chefs de clinique qui ne sont pas très empathiques... Cela peut arriver et personne n’est parfait ! C’est toujours bien de formaliser les enseignements. Poser des questions ouvertes au malade, le laisser parler, lui demander de manière très ouverte ce qui le gène. On m’aurait expliqué tout cela au début de mon internat, alors même que je suis quelqu’un d’assez empathique, je pense que cela m’aurait fait gagner du temps », analyse Hélène François.

Souvent laissé à lui-même, le jeune néphrologue a en outre besoin de savoir qu’il n’est pas seul et qu’il existe des relais comme les associations de patients. « Il est important que les patients sachent qu’ils ne sont pas les seuls à être malades et surtout que d’autres s’en sont sortis, observe le Pr François. Je pense notamment aux personnes passées par la dialyse en urgence, le cathéter, et qui sont aujourd’hui greffés. Rien ne remplace la rencontre avec une personne qui a vécu et surmonté les mêmes difficultés que soi ». 

Les vertus de la simulation

Désormais, les jeunes médecins peuvent simuler cette consultation d’annonce. Ce jeu de rôle à trois personnages (le médecin, le patient et son épouse) se déclinera en trois scénarios qui ont tous été relus et validés par des patients de France Rein...

Retrouvez l'intégralité de cet article dans le prochain Lignes de Vie, à paraître fin mars 2018. Vous pouvez vous abonner en cliquant ici.

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