Limousin

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Utilisation des tests sérologiques permettant la détection des anticorps anti-SARS-Cov-2 IgG et IgM en pratique courante

Drs Frédéric Batteux, Sandra Fournier, Sophie Matheron, Lynda Bensefa-Colas

Revu par Vincent Calvez, Diane Descamps, Jean Michel Pawlotsky, Flore Rozenberg, Pierre Frange, Jean Daniel Lelièvre et Claire Poyart

Définition :

Les tests sérologiques détectent les anticorps sériques circulants spécifiques du virus SARS-CoV2 d’isotype IgG ou IgM. Ils sont dirigés contre des protéines structurales du virus, soit la nucléocapside, soit la protéine d’enveloppe Spike, très immunogène.

Cinétique d’apparition :

D’après les données de la littérature, les anticorps apparaissent généralement à partir du 5 ème jour après le début des symptômes pour les IgM et entre 7 et au moins 21 jours pour les IgG (en médiane J5 pour les IgM et J14 pour les IgG). Les IgG sont présentes chez la majorité des patients après J28. Il faut noter une importante variabilité inter-individuelle des titres d’anticorps.

Protection :

Le caractère protecteur des anticorps anti-SARS-CoV-2 fait encore débat. Une réponse immunitaire spécifique est détectée chez les patients et les convalescents et, en l’absence de traitement antiviral, l’élimination du virus de l’organisme ne peut être liée qu’au système immunitaire de l’hôte et à sa fonctionnalité. En revanche, des doutes persistent sur :

1) le caractère neutralisant des anticorps produits et

2) la duréede persistance de ces anticorps et de leur caractère protecteur. Le titre d’anticorpsconférant une immunité protectrice contre le SARS-Cov-2 n’est pas connu.

 Intérêt de la prescription d’un test sérologique :

Il convient de bien différencier les objectifs individuels ou collectifs de la prescription d’un test sérologique à la recherche d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2. A l’échelle individuelle, la présence d’anticorps indique que le sujet a été infecté (à condition que la spécificité du test soit élevée), tandis que leur absence sur deux tests réalisés à 15 jours d’intervalle indique que le sujet n’a pas été infecté (à condition que la sensibilité du test soit élevée). Néanmoins, des sujets appartenant à certaines populations (sujets âgés, immuno-déprimés, etc) pourraient ne pas développer d’anticorps malgré la survenue d’une infection. Comme indiqué précédemment, le niveau de protection conféré en cas de détection d’anticorps n’est pas connu.A l’échelle collective, le pourcentage de personnes ayant un test positif dans la population générale ou dans des groupes spécifiques donne une indication importante sur la proportion de personnes ayant été infectées par le virus.

Tests sérologiques :

Il existe deux types de tests sérologiques :

1) des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) individuels, qui peuvent détecter les IgM, les IgG ou la présence des deux sans les différencier. Les TRODs peuvent être réalisés à partir de sérum, de plasma ou de sang total prélevé par piqûre au bout du doigt.

2) des tests immunochimiques en plaque (Elisa – tests moyen débit) ou en milieu liquide avec détection par chemiluminescence (Abbott, Diasorin et autres en développement – tests haut débit sur automates fermés avec random access) qui détectent aujourd’hui les IgG,

mais d’autres tests seront bientôt disponibles pour détecter les IgM. Les tests immunochimiques sont réalisés sur sérum ou plasma.

Indications :

1) La détection des IgM seules ou combinée IgM et IgG (TRODs et bientôt ELISA) peut être utilisée en complément d’une recherche d’ARN viral par PCR sur prélèvement nasopharyngé pour diagnostiquer l’infection à SARS-CoV-2 chez un patient ayant des symptômes évocateurs de COVID-19, car les IgM semblent être les premiers anticorps à apparaître. La PCR sur prélèvement nasopharyngé peut en effet être négative dans 20 à 30% des cas symptomatiques . Coupler la PCR à la recherche des IgM anti-SARS-Cov-2 semble améliorer la sensibilité diagnostique de l’infection COVID-19, qui doit cependant prendre en compte l’éventualité de faux positifs dont la fréquence reste à évaluer. La limite de cette approche diagnostique biologique combinée est le délai d’apparition des IgM (en médiane de l’ordre de 5 jours, à confirmer) qui constitue une fenêtre pendant laquelle il se peut qu’aucun marqueur ne soit présent. L’apparition d’IgG avant les IgM anti-SARS-Cov-2 ayant été décrite, la détection combinée d’IgM et d’IgG apporterait une meilleure sensibilité diagnostique dans ce contexte.

2) La détection des IgG (ELISA). Ces tests détectent des IgG dirigées contre le SARS-Cov-2, qui apparaissent en médiane 14 jours après le début des symptômes (à confirmer) et à J28 chez la majorité des patients. Ils pourraient persister au moins plusieurs mois.

a. Si le résultat est positif, il permet d’affirmer que la personne a eu un contact avec le virus SARS-CoV-2, symptomatique ou non.

b. Si le résultat est négatif, plusieurs possibilités :

1) la personne n’a jamais rencontré le virus ;

2) la personne est ou a été infectée mais les anticorps ne sont pas encore apparus (dans ce cas, ils seront très probablement présents lors d’un deuxième prélèvement réalisé à distance, au moins 15 jours plus tard);

3) la personne est ou a été infectée mais elle ne développe(ra) pas de réponse anticorps (notamment du fait d’une immunodépression).

Place des tests sérologiques par rapport à la PCR :

Les tests sérologiques ne permettent pas de statuer sur la contagiosité des personnes ni sur leur immunisation.

La PCR met en évidence le génome du SARS-CoV-2 dans les prélèvements biologiques ; un résultat positif ne permet pas de préciser si le virus est infectant ou pas. La contagiosité d’une personne avec PCR positive est documentée en début d’évolution de l’infection ; à partir du huitième jour suivant l’apparition des symptômes, il n’y a pas, dans les formes habituelles de la maladie, d’association entre la détection d’ARN issu de prélèvement nasopharyngé par PCR et le caractère infectant du virus. Néanmoins, les personnes présentant une PCR positive sont considérées comme potentiellement contagieuses.

Ces deux tests ont des objectifs différents :

La sérologie met en évidence la réponse du patient à une infection qui peut être au début de l’évolution en présence d’IgM seules, ou en fin d’évolution ou guérie en présence d’IgG, bien que des cinétiques d’évolution variables pour ces deux isotypes aient été décrites.

La PCR met en évidence une infection active chez un patient avec des signes cliniques, potentiellement contagieux.

En période de circulation importante du virus, la PCR seule ou combinée à la recherche d’IgM et/ou d’IgG doit être réalisée largement pour identifier les patients contagieux et les isoler.

En fin d’épidémie, la sérologie permet d’évaluer l’incidence globale de la maladie.

Indications prioritaires de la recherche d’ARN du SARS-CoV-2 par PCR sur prélèvement naso-pharyngé

1) Patients et personnels ayant des symptômes évocateurs de COVID-19, même pauci-symptomatiques.

2) Enquête autour d’un cas de COVID-19 chez un patient, chez un personnel et chez les contacts familiaux des cas, quelle que soit leur symptomatologie ?

3) Patients asymptomatiques

- admis pour des gestes au cours desquels un COVID-19 pourrait avoir des conséquences graves sur la pathologie traitée.

- admis en chambre double, à leur admission et dès l’apparition desymptômes.

- admis dans des unités dans lesquelles les mesures de prévention sont très difficiles à appliquer (exemple psychiatrie...)

4) Patients à risque accru de contagiosité (exemple : patients trachéotomisés) avant sortie ou transfert.