Pays de la Loire

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ARTICLE EXTRAIT DU JOURNAL "LE FIGARO" EN DATE DU 11/10/2019 ET ECRIT PAR MARGOT BRUNET

"Depuis 2011, le don d’un rein peut se faire entre deux personnes proches depuis plus de deux ans, et non plus uniquement entre les membres d’une même famille.

«On veut témoigner pour dire que c’est possible», affirme Raynald. Atteint d’une maladie héréditaire, la polykystose rénale, cet homme de 44 ans a été greffé du rein de Jean-Marie, son ami depuis plus de 30 ans. Une opération sans risques majeurs pour Jean-Marie, mais qui a permis d’éviter à son Raynald d’avoir recours à des dialyses régulières.

Donner un rein de son vivant à un proche qui en a besoin, c’est justement le thème de la campagne annuelle de l’Agence de la biomédecine, qui se tient du 12 au 22 octobre. Cette pratique est encore peu courante: sur les 3567 greffes de reins qui ont eu lieu en 2018, seules 15% provenaient d’un donneur vivant.

Un traitement qui améliore la qualité de vie

Produire l’urine et éliminer les déchets qu’elle contient, filtrer le sang mais aussi sécréter certaines hormones: les reins assurent plusieurs fonctions vitales. Lorsqu’une personne souffre d’insuffisance rénale, ils ne peuvent plus les réaliser. Au stade terminal d’une insuffisance rénale chronique, ils sont très détériorés, ce qui peut entraîner le décès du patient. Les dialyses et la transplantation sont alors les deux seules options. Or la première option est extrêmement contraignante.

«Elle doit être faite trois fois par semaine, ce qui peut nuire à la vie sociale et professionnelle. Parfois, elle est liée à une diminution de l’espérance de vie car elle accélère le vieillissement cardiovasculaire», explique le Pr Olivier Bastien, directeur du département de prélèvement greffe organe-tissus à l’Agence de la biomédecine. La greffe, au contraire, permet une nette amélioration de la qualité de vie.

«La dialyse doit être faite trois fois par semaine, ce qui peut nuire à la vie sociale et professionnelle.»

Pr Olivier Bastien, directeur du département de prélèvement greffe organe-tissus à l’Agence de la biomédecine

Cette transplantation restitue en effet toutes les fonctions rénales et est efficace sur le long terme: 10 ans après l’intervention, 70% des greffons sont encore fonctionnels, et la moitié le sont après 14 ans. Le 31 décembre 2018, 41.273 personnes étaient porteuses d’un greffon rénal. Problème: la personne malade doit souvent attendre plusieurs années avant de recevoir l’organe d’une personne compatible décédée. Une situation qui peut être évitée par le don d’un proche vivant.

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Le don par un proche, un avantage considérable

La greffe du rein d’une personne vivante est celle qui présente les meilleurs résultats: le greffon fonctionne alors généralement mieux et plus longtemps. «En effet, on sélectionne un organe sur une personne en très bon état de santé» souligne le professeur. Les délais d’attente sont généralement plus courts que lorsque le donneur est décédé. Car dans ce dernier cas, il faut attendre que l’organe d’une personne du bon groupe sanguin puisse être greffé. Or certains groupes sanguins sont rares, ce qui augmente encore les temps d’attente.

Le don d’un rein par une personne vivante a connu un recul de 11% en 2018 par rapport à l’année précédente.

En outre, «avec un donneur vivant, on peut définir la date de l’opération», explique Pr Olivier Bastien. Elle est alors réalisée à une période favorable pour le malade, le donneur et l’équipe médicale. Autre avantage: la durée que le greffon passe en dehors de l’organisme est plus courte lorsque le donneur est vivant, car celui-ci n’a pas besoin d’être transporté, et tous les tests de compatibilité peuvent être réalisés avant le prélèvement. Il y a donc moins de risque que l’organe s’abîme pendant cet intervalle de temps.

Malgré ces avantages, le don d’un rein par une personne vivante a connu un recul de 11% en 2018 par rapport à l’année précédente. Pourtant, depuis 2011, le don d’un rein peut se faire entre deux personnes proches depuis plus de deux ans, et non pas uniquement entre les membres d’une même famille, ce qui augmente le nombre de donneurs.

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Des risques minimes pour le donneur

D’après le Pr Olivier Bastien, plusieurs raisons peuvent expliquer cette tendance. La difficulté à trouver un donneur compatible et la batterie de tests à passer en est une. «Mais le principal problème, c’est que la personne malade ne sait pas comment aborder la question avec son entourage. Il faut que cela vienne du donneur» note-t-il. Pas facile, en effet, de faire prendre un risque à un proche.

Cependant, ces risques sont infimes. «Comme toute opération, il peut y avoir des complications péri-opératoires, mais elles sont extrêmement rares» insiste le Pr Olivier Bastien. Il évoque également la survenue possible de douleurs, très bien prises en charge aujourd’hui. Enfin, le risque que l’autre rein lâche le donneur un jour. «15 ou 20 ans après la greffe, il y a un risque que le rein restant ne puisse plus assurer correctement sa fonction, mais il est minime», poursuit-il."

Un rendez-vous annuel gratuit est proposé à tous les donneurs pour évaluer l’état de leur rein et ainsi prévenir ce risque. «La difficulté est que les donneurs ne se sentent pas malades, alors ils n’y vont pas forcément». Il est donc important, selon lui, de renforcer ces consultations annuelles, et d’expliquer leur importance, même 20 ans après l’opération.