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France Rein Rhône au colloque Opti'MRC

France Rein Rhône-Alpes

Cette publication offre un aperçu du contenu de ce colloque, en mettant l'accent sur la participation de France Rein Rhône.

Jeudi 11 décembre 2025, le Ministère de la Santé et de l’Accès aux soins a accueilli le colloque consacré à la restitution du programme Opti’MRC, initiative portée par un groupe de travail pluridisciplinaire ayant pour objectif l'amélioration de la prise en charge de la maladie rénale chronique (MRC). Sur la base du Livre Blanc, synthèse des travaux, cet événement a permis de mettre en lumière diverses stratégies visant à optimiser les parcours de soins des patients tout en réduisant le risque de recours à la dialyse.

Colloque Opti'MRC 11 décembre 2025

Opti’MRC et les principaux chiffres du Livre blanc

Le Pr Luc Frimat, président du Conseil National Professionnel (CNP) de néphrologie et du groupe de travail Opti’MRC, a souligné les enjeux et les progrès réalisés en s'appuyant sur les données clés du registre 2024. Ainsi, 10 302 nouveaux patients ont entamé un traitement de suppléance rénale en 2024, contre 10 992 l'année précédente, soit une diminution de 6 %. Par ailleurs, entre 2012 et 2023 le taux de mortalité dans les trois premiers mois suivant le début de la dialyse est passé de 10,7 % à 6,8 % chez les patients de plus de 75 ans.

Colloque Opti'MRC, 11_12_25 - Table ronde 1 - Opti'MRC, investir juste, soigner mieux

Améliorer le suivi des patients

Le groupe OPTI’MRC propose de reconsidérer le suivi des patients atteints de MRC, en se basant sur une approche coordonnée et personnalisée. Cela implique la création d’un parcours structuré par stades, une intervention précoce des néphrologues, un suivi partagé entre professionnels de santé, des consultations d’éducation thérapeutique, et l'implication de divers spécialistes pour optimiser la néphroprotection. Stabiliser la maladie, retarder la nécessité de dialyse et diminuer les hospitalisations d'urgence, tels sont les objectifs.

Retour sur la participation de France Rein Rhône

Keynote : Structurer une approche ville-hôpital de la prévention
Dr Agnès Caillette-Beaudouin, néphrologue et Aziz Aberkane, patient partenaire - France Rein Rhône

Les données épidémiologiques de 2024, publiées par l’Agence de la Biomédecine, confirment qu’il est envisageable de prévenir le recours à la dialyse et à la greffe. Dans ce contexte, Agnès Caillette-Beaudoin préconise la mise en place d’une Équipe de Soins Spécialisée (ESS), rassemblant à la fois les professionnels de santé exerçant en milieu urbain et ceux issus des établissements de soins. Cette collaboration inclurait également les patients eux-mêmes, dans le but de renforcer la prise en charge des maladies rénales.

Colloque Opti'MRC, 11_12_25 - Keynote 1 : Structurer une approche ville-hôpital de la prévention

Dès l’établissement du diagnostic, l’objectif serait de mobiliser des moyens permettant une meilleure compréhension de la pathologie à travers l’élaboration d’un parcours de soins adapté. Cette synergie entre patients et professionnels vise à optimiser leurs efforts communs pour relever le défi de la santé rénale.

Pour Cécile Vandevivère, directrice générale de France Rein, investir dès les phases précoces du processus permettra de mobiliser des ressources supplémentaires pour optimiser l'accompagnement des patients nécessitant une suppléance. Ce choix stratégique contribuerait à améliorer la prise en charge de certains aspects qualitatifs actuellement sous-évalués dans les structures de financemen


Table ronde : Prendre le virage de la prévention à l’aune de l'innovation
Dr Karim Dardim, pharmacien PUI expert en dialyse, ALURAD - Dr Catherine Grenier, médecin conseil, CNAM - Lydie Houillon, administratrice, ANFIPA - Xavier Ronot, patient France Rein Rhône, Stanislas Trollonge, diététicien nutritioniste
Animation : Pre Cécile Vigneau, néphrologue - CHU de Rennes & Fabrice Bossaert, président d’A-Fluence

L’exemple d’un parcours patient
Cette table ronde a débuté par le témoignage de Xavier Ronot, patient pour lequel la découverte de la maladie rénale à un stade 3a a été assez fortuite comme souvent, mais a permis une prise en charge adaptée, avec des mesures médicamenteuses, mais aussi nutritionnelles, d’activité physique et de prévention, permettant de ralentir la progression de la maladie et le retour même au stade 2. Son exemple donne de l’espoir pour les patients car des mesures non médicamenteuses et médicamenteuses nouvelles permettent de ralentir fortement la progression de la maladie rénale chronique et, espérons-le, pour de nombreux patients d’éviter l’arrivée la défaillance rénale qui nécessiterait une dialyse ou une transplantation.

Colloque Opti'MRC, 11_12_25 - Table ronde 2 - Prendre le virage de la prévention à l’aune des innovations organisationnelles et thérapeutiques

Animés par la Pre Cécile Vigneau, les échanges avec Lydie Houillon, infirmière de Pratique Avancée (IPA), Stanislas Trolonge, diététicien, et Karim Dardim, pharmacien, soulignent l’importance d’une approche pluriprofessionnelle dans la prise en charge précoce.

Tout le problème reste le dépistage précoce d’une maladie silencieuse…

La HAS (Haute Autorité de Santé) avec des professionnels de santé a commis des recommandations de dépistage annuel de la MRC chez les patients à risque (diabétiques, hypertendus, antécédents personnels ou familiaux …) mais les données montrent que moins de 50% de ces patients à risque ont un réel dépistage (créatininémie et ratio albumine /créatinine dans un échantillon urinaire).

Intervenir précocement, un enjeu pour la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie
Le message de Catherine Grenier, médecin conseil à la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie (CNAM), est clair. L’enjeu c’est la détection précoce notamment pour les patients identifiables à risque comme les diabétiques et les hypertendus et l’amélioration du parcours, avec notamment l’implication des patients, pour éviter les exacerbations aiguës, la dégradation de l’état de santé et les recours en urgence au système de soins.
La Dre Grenier évoque la grande campagne qui sera lancée en mars auprès des généralistes et des laboratoires pour inciter au dépistage de la MRC dans les populations à risques selon les recommandations de la HAS. La Société Francophone de Néphrologie, Dialyse et Transplantation (SFNDT) salue cette initiative mais il sera nécessaire de s’organiser pour que le dépistage puisse être suivi d’une prise en charge pluridisciplinaire adaptée.
De plus, alors que l’exploitation des grandes bases de données de consommation de soins comme le SNDS à des fins épidémiologiques mais aussi pharmaco-épidémiologiques est de plus en plus courante, il serait important que de telles opérations de dépistage puissent être suivies de collections de données biologiques couplées au SNDS pour suivre l’évolution de ces patients et l’efficacité de ces campagnes. Un vœu pour l’avenir…

L’infirmière en pratique avancée (IPA), complémentaire du médecin
Lydie Houillon, infirmière en pratique avancée (IPA) au CHRU de Nancy et référente pour le collège Néphrologie, Dialyse et Transplantation rénale, souligne le rôle clé des IPA hospitalières dans la prévention en améliorant les parcours de soins entre la ville et l’hôpital. Leurs missions incluent notamment la prévention, le dépistage, l’éducation et la promotion de la santé.
Pour renforcer la collaboration interprofessionnelle autour du dépistage et de la néphro/cardio-protection, il est essentiel de développer la présence des IPA en milieu urbain pour accompagner les patients souffrant de maladies chroniques. Grâce au temps supplémentaire consacré aux patients, aux examens de suivi, aux dépistages systématiques ou encore aux vaccinations, les IPA permettent d’optimiser les consultations et d’éviter que les patients entrent dans l’engrenage de la MRC. Dans une démarche éducative précoce et en étroite interaction avec le patient, l’IPA recommande également des mesures visant à améliorer l’hygiène de vie.

Le diététicien, acteur essentiel de la néphroprotection
Par l’alimentation, il est possible non seulement de freiner la progression de la MRC, mais aussi de prévenir son apparition en agissant sur des facteurs de risque majeurs comme l’obésité, le diabète ou l’hypertension artérielle, insiste Stanislas Trollonge.
Depuis la mise en place du forfait MRC, l’Association de Diététique et Nutrition en Néphrologie est mobilisée pour structurer la présence et valoriser les compétences des diététicien(ne)s. Cette dynamique territoriale s’accompagne d’un besoin croissant de formation continue, pour répondre aux évolutions des pratiques et aux enjeux de prévention.

Le pharmacien : un allié de la santé rénale
Jusqu’à présent la réponse proposée incitait surtout à l’installation de médecins généralistes sur les territoires les plus désertifiés en temps médical. Cette réponse apparait aujourd’hui insuffisante et il est nécessaire de repenser le parcours de soins en intégrant des acteurs de proximité tels que les pharmacies d’officine. 
Grâce à un réseau de 19 627 pharmacies officinales, celles-ci disposent d’une proximité géographique et d’un accès facilité pour les patients. Leur mobilisation pourrait contribuer à améliorer la prévention, la détection précoce et l’orientation des patients vers un suivi médical adapté.
En pratique, cela consiste à déployer des bilans simples et rapides réalisés par des pharmaciens. Ces bilans comprennent la mesure de la tension artérielle, la glycémie capillaire et l’évaluation de la fonction rénale via une mesure de la créatinine capillaire.
L’identification d’une anomalie sur un ou plusieurs de ces tests conduira le pharmacien à s’adresser à la CPTS et/ou le centre de santé/la MSP du territoire où vit le patient pour organiser le diagnostic et le suivi médical.

« 11,6 % des Français vivent aujourd’hui dans un désert médical […] Pas moins de 10 millions de personnes, dans notre pays, vivent dans une zone dans laquelle la qualité des soins est inférieure à la moyenne nationale […]. 11 % des Français n’ont pas de médecin traitant. » (source : Rapport n°1180 Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 26 mars 2025).

Le décryptage de France Rein

Pour conclure ce colloque, Cécile Vandevivère a rappelé l’urgence de développer des programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP), car un tiers des établissements proposant la dialyse n’offrent toujours pas ces programmes. Pour renforcer concrètement la prévention, elle souligne l’importance de collaborations solides entre les professionnels de santé et les patients. Cécile Vandevivère appelle également à multiplier les initiatives organisationnelles innovantes afin d’éviter le sentiment d’isolement souvent ressenti par les patients sous dialyse.