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N°185
février 2026
Plaidoyers
Les combats de France Rein
Les plaidoyers de France Rein
Réforme de la dialyse
La dialyse n’est pas un sujet abstrait. C’est un rendez-vous avec la vie, plusieurs fois par semaine, pour des milliers de personnes. C’est un traitement vital, mais aussi une organisation quotidienne faite d’horaires, de trajets, de fatigue, et d’un équilibre fragile entre soins, vie sociale, vie familiale et activité professionnelle. Alors quand une réforme du financement se prépare, ce n’est pas seulement un débat technique : c’est une question de confiance.
Depuis plusieurs mois, l’Assurance Maladie et les pouvoirs publics travaillent à une réforme visant à introduire une forfaitisation hebdomadaire de l’hémodialyse. France Rein ne reste pas spectatrice : l’association participe pleinement au comité de travail sur la réforme, aux côtés des professionnels de santé et des responsables d’établissements. Ensemble, ils ont notamment adressé un courrier à la ministre du Travail et de la Santé et au ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, pour exprimer une position à la fois constructive et vigilante.
Le message de France Rein est clair : le principe d’une réforme est soutenu, car le système doit évoluer. Mais dans sa forme actuelle, le modèle envisagé apparaît trop uniforme et ne garantit pas suffisamment une prise en charge de qualité, adaptée aux différentes étapes du parcours des patients.
Un report d’un an : un choix de méthode,
pas un recul
La réforme devait initialement entrer en vigueur au 1er janvier 2026. Face aux incertitudes, France Rein et les acteurs engagés dans le groupe de travail ont demandé un report d’un an, afin de finaliser la réforme dans de bonnes conditions. Ce temps supplémentaire n’est pas un renoncement. C’est une manière responsable de faire les choses dans l’ordre, en évitant une réforme trop rapide qui risquerait d’être difficile à appliquer sur le terrain et, surtout, difficile à vivre pour les patients.
France Rein défend une démarche structurée, fondée sur trois étapes indispensables :
1. Définir le modèle à partir des objectifs de santé publique, et non à partir d’une seule logique budgétaire ;
2. Identifier et valoriser les variables du financement, notamment les indicateurs à recueillir, pour mieux refléter la diversité des situations ;
3. Réaliser un recueil "à blanc" des données et des études d’impact, afin de mesurer les conditions et conséquences concrètes de la mise en œuvre.
L’objectif est clair : construire un financement qui repose sur des indicateurs de qualité, intègre les soins de support, et s’appuie sur des études d’impact solides, pour garantir des soins adaptés, accessibles et de proximité. Car en dialyse, ce qui compte n’est pas seulement que le traitement soit assuré. Ce qui compte, c’est qu’il le soit dans des conditions qui respectent la personne, son autonomie, et sa qualité de vie. France Rein continuera de porter cette exigence avec constance : une réforme utile, applicable, et pleinement centrée sur les patients.
Colloque Opti’MRC
Le 11 décembre 2025, le colloque Opti’MRC a réuni, dans l’Amphithéâtre Laroque du Ministère de la Santé, des représentants des institutions, des professionnels et des patients autour d’un même constat : la maladie rénale chronique ne peut plus être prise en charge "en bout de chaîne". Trop souvent silencieuse et sous-diagnostiquée, elle finit par peser lourdement sur les parcours de vie, lorsque les marges de manœuvre se réduisent. La journée, également accessible à distance, a permis de partager un premier bilan et des perspectives concrètes.
Porté depuis près de trois ans par un collectif pluridisciplinaire réunissant 12 sociétés savantes, syndicats et associations, le programme Opti’MRC est présidé par le Professeur Luc Frimat président du Conseil National Professionnel de néphrologie (CNP) et coordonné par Fabrice Bossaert et Laurent Megglé (A-Fluence). France Rein y prend toute sa place, avec une conviction constante : mieux prévenir et mieux organiser les parcours, c’est aussi préserver la qualité de vie et l’autonomie des personnes.
L’objectif est clairement formulé : améliorer la prise en charge de la MRC à tous les stades, de la prévention primaire jusqu’aux soins de suppléance, en conciliant soutenabilité des investissements et qualité de la prise en charge.
La participation de la DGOS (Direction Génale de l’Offre de Soins), représentée par sa directrice Marie Daudé, a souligné l’attention portée à ces enjeux de santé publique. Parmi les acteurs mobilisés figuraient notamment la Société Francophone de Néphrologie, Dialyse et Transplantation (SFNDT), la Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP Rein), la FORAP (Fédération des Organismes Régionaux et territoriaux pour l’Amélioration des Pratiques et des organisations en santé).
Un enseignement encourageant a été partagé au fil des échanges : la confirmation d’une baisse de l’incidence en dialyse, présentée comme un effet des mesures de néphroprotection. Cette évolution rappelle qu’il existe un levier puissant, souvent sous-estimé : agir plus tôt, en renforçant le repérage des personnes à risque et en améliorant la coordination entre la ville et l’hôpital. Dans cette logique, les travaux menés en région AURA ont mis en lumière une prochaine étape structurante : le lancement d’une équipe de soins spécialisée néphrologique, avec une validation ARS visée en juin 2026.
Mais Opti’MRC a également insisté sur une réalité incontournable : la qualité d’un parcours dépend aussi du territoire dans lequel on vit. Le reportage Sur les routes de la dialyse en Lozère a illustré l’engagement des équipes et des patients dans des zones rurales, où la distance, l’isolement et les contraintes de transport peuvent peser lourdement sur le quotidien. La table ronde consacrée à la dialyse en territoire a ainsi rappelé la nécessité de concilier proximité, qualité et équité, afin que l’accès aux soins ne devienne jamais une difficulté supplémentaire.
Pour France Rein, Opti’MRC est une démarche précieuse parce qu’elle propose une méthode : construire collectivement, mesurer ce qui fonctionne, et améliorer les parcours sans perdre de vue l’essentiel. Prévenir plus tôt, coordonner mieux, informer davantage :
ce sont des leviers concrets pour retarder la suppléance, éviter des ruptures, et permettre aux patients de rester pleinement acteurs de leur vie.
Cécile Vandevivère, Directrice Générale de France Rein, et le Professeur François Vrtovsnik, past-Président de la SFNDT - Société Francophone de Néphrologie, Dialyse et Transplantation
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