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N°186
juin 2026
Plaidoyers
Les combats de France Rein
Les plaidoyers de France Rein
Une nouvelle réforme pour les astreintes médicales
Une nouvelle réforme vient de toucher le monde hospitalier, discrètement mais avec des conséquences potentiellement lourdes pour la greffe en France. Depuis novembre 2025, les établissements publics de santé ont vécu une réforme en profondeur le régime d'indemnisation des astreintes à domicile des personnels médicaux. Le principe retenu : la forfaitisation généralisée, en remplacement du système mixte antérieur combinant indemnité de base et remboursement au réel des déplacements.

Sur le papier, la réforme se veut simplificatrice et plus juste. Elle prévoit que chaque établissement définisse au minimum trois niveaux de forfaits, compris entre 70 et 280 euros par nuit d'astreinte, modulés selon la pénibilité, la fréquence des déplacements et la complexité des interventions. Pour les praticiens hospitalo-universitaires - dont font partie un certain nombre de médecins et de chirurgiens de transplantation - un plafond majoré à 500 euros est prévu, afin de tenir compte de la nature particulièrement contraignante de leurs astreintes.
Mais c'est précisément là que le bât blesse. Car si le texte prévoit cette possibilité de majoration, il laisse au directeur de chaque CHU la liberté d'en fixer le montant… ou de ne pas y recourir. Un directeur peu sensibilisé aux enjeux de la transplantation pourra tout à fait décider d'un forfait minimal, sans que rien ne l'en empêche. Le risque de rémunérations hétérogènes d'un établissement à l'autre est donc bien réel : un chirurgien qui se lève la nuit pour aller prélever un organe dans un CHU pourrait être indemnisé à un niveau sans commune mesure avec son homologue d'un autre établissement, pour un geste identique. C'est précisément ce que dénonce la Société Francophone de Transplantation : des rémunérations hétérogènes pour une même activité vitale, selon le bon vouloir de chaque direction, constituent une iniquité difficilement acceptable.
Faire la grève des prélèvements et des greffes ? Personne ne l'envisage, ce serait éthiquement intenable : des patients en attente de greffe pourraient en mourir. Les médecins et chirurgiens transplanteurs le savent, et c'est précisément ce qui les rend vulnérables dans ce bras de fer. Alors, pas de grève, mais une mobilisation réelle, et une vigilance de tous les instants.
La stratégie adoptée est celle du suivi terrain. Grâce à son réseau de membres présents dans l'ensemble des CHU de France, la SFT entend recenser dans les prochains mois les forfaits effectivement mis en place établissement par établissement. L'objectif : dresser un état des lieux précis, rendre visible l'étendue de ces rémunérations hétérogènes et interpeller les directions et les tutelles sur les situations les plus inéquitables.
France Rein suit cette situation avec attention. La greffe reste le traitement le plus efficace et le plus efficient pour les patients en insuffisance rénale chronique terminale. Tout ce qui fragilise l'attractivité de l'activité de prélèvement et de transplantation nous concerne directement. Nous soutenons la vigilance de la SFT et appelons les directions de CHU à prendre la pleine mesure de leurs responsabilités au moment de fixer ces forfaits.
Forfait dialyse : les négociations avancent, France Rein agit avec vigilance et détermination
La réforme du financement de la dialyse n'est plus une perspective lointaine : elle est en cours de construction, réunion après réunion, selon un calendrier serré fixé par la DGOS. France Rein y participe activement et entend bien peser sur les arbitrages qui restent à rendre.
Rappelons le point de départ. Le rapport de la Cour des comptes de 2015 avait établi que le système de tarification alors en vigueur favorisait les prises en charge les plus lourdes et les plus coûteuses, au détriment de la qualité de vie des patients et de l'efficience pour l'Assurance maladie.
Des amendements en 2023, puis une inscription dans la loi de financement de la Sécurité sociale en 2025, ont finalement acté l'obligation de réformer. Les premières réunions en présence de toutes les parties prenantes - syndicats professionnels, sociétés savantes, fédérations d'établissements et associations de patients dont France Rein - ont débuté en 2024. La loi prévoyait initialement une publication des arrêtés début 2026. France Rein et les sociétés savantes ont obtenu un report d'un an, jugeant le risque d'une réforme insuffisamment aboutie trop élevé. Ce délai est désormais impératif : la mise en œuvre est attendue pour début 2027 et ne pourra pas être repoussée à nouveau.
La réforme s'articule autour de trois piliers : le paiement au forfait, le soutien aux structures spécifiques, et la qualité. C'est sur ces trois axes que se jouent, réunion après réunion, les arbitrages décisifs.
Le premier pilier, le paiement à l'activité, est aujourd'hui largement acté. Sur ce volet, les associations de patients ont eu un rôle consultatif, ce qui n'a pas empêché France Rein de faire entendre sa voix. Un forfait hebdomadaire sera modulé selon le lieu de traitement, les horaires de soins et le niveau de complexité clinique du patient, trois niveaux étant prévus pour mieux tenir compte des patients les plus fragiles. Quel que soit le lieu de traitement, le forfait sera adapté à la complexité du patient, son besoin en soins et en surveillance. Précisons ici une confusion fréquente : dialyse à domicile ne signifie pas forcément patient autonome. Cette modalité peut tout à fait être assurée avec l'aide d'infirmières libérales pour des patients qui ne peuvent pas prendre en charge eux-mêmes leur traitement. C'est une distinction importante, que France Rein porte avec constance.
Le deuxième pilier prévoit un soutien financier dédié aux structures isolées ou déficitaires qui assurent néanmoins un maillage territorial essentiel, garantissant ainsi un accès aux soins équitable sur l'ensemble du territoire.
C'est le troisième pilier - la qualité - qui concentre désormais l'essentiel des discussions, et l'essentiel de notre vigilance. Il devrait intégrer des indicateurs cliniques, des objectifs de santé publique liés à l'organisation territoriale des soins, et des mesures de qualité de vie perçue par les patients : les PREMs et les PROMs.

C'est la vision que France Rein défend avec force, même si elle n'est pas spontanément celle de la DGOS. Nous insistons à chaque réunion pour que ces indicateurs occupent une place centrale et pèsent réellement dans le financement. Car une réforme qui se proclame « centrée sur le patient » ne peut faire l'impasse sur ce que les patients eux-mêmes disent de leur vécu et de leur qualité de vie.
L'inquiétude est réelle. L'enveloppe budgétaire globale de la dialyse restera constante : il s'agit uniquement de la redistribuer différemment. Dans ce contexte contraint, faire peser réellement la qualité dans l'équation financière est un combat âpre.
Tout le monde s'accorde sur le principe, mais les réticences apparaissent dès qu'il s'agit de lui donner un poids financier concret. France Rein continuera de porter cette exigence avec constance jusqu'à la publication des textes. C'est à cette condition que la promesse d'un modèle véritablement centré sur le patient pourra être tenue.
Plan greffe 2022-2026 : des résultats historiques, mais des défis qui demeurent

L'Agence de la biomédecine vient de publier son bilan d'activité 2025 : avec 6 148 greffes réalisées dans l'année, la France franchit pour la première fois un seuil historique, dé-passant le précédent record établi en 2017. C'est l'aboutissement visible de quatre années de mise en œuvre du Plan national pour le prélèvement et la greffe 2022-2026.
Plusieurs leviers ont porté ces résultats : le déploiement du protocole Maastricht 3 avec 321 donneurs prélevés dans ce cadre en 2025, l'amélioration de la culture du don via des audits systématiques des établissements, le renforcement des formations et des investissements dans les machines de perfusion d'organes.
Pour les patients insuffisants rénaux, les chiffres sont particulièrement significatifs : 3 867 greffes rénales réalisées en 2025, dont 603 à partir de donneurs vivants : un cap symbolique franchi pour la première fois. Ces greffes avec donneur vivant progressent de 7,7 % en deux ans, mais plafonnent à 15,6 % du total, loin de l'objectif de 20 % fixé par le plan. Car l'ombre au tableau existe. La dynamique de croissance ralentit à +1,5 % en 2025, et le taux d'opposition des proches au don continue de progresser, atteignant 37,1 %. Au 1er janvier 2026, près de 23 300 patients étaient en attente d'une greffe, et 966 sont décédés l'an dernier faute de greffon disponible.
Le baromètre d'opinion 2026 révèle par ailleurs des fragilités préoccupantes : si 74 % des Français se déclarent favorables au don, seulement 49 % en ont parlé à leurs proches. Les idées reçues persistent, alimentées par les réseaux sociaux, avec des pics d'inscription au Registre national des refus directement corrélés à des désinformations virales. France Rein salue l'engagement de toutes les équipes médicales qui, jour et nuit, rendent la transplantation possible et rappelle cette conviction : les résultats du prochain plan dépendront de notre capacité collective à mieux valoriser ces équipes, à lutter contre la désinformation, et à faire de la greffe avec donneur vivant une réalité accessible à tous les patients qui pourraient en bénéficier.
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